lundi 24 juin 2013

Des repas et des enfants

Je dois maintenant vous avouer une chose.

La phase la plus délicate de la vie d'expatrié n'est pas la séparation bienfaisante déchirante avec la famille et les amis, la plongée dans un monde étrange aux langues parfois perturbantes ou le fait de devoir sortir des poubelles de couleurs différentes chaque semaine à Bruxelles (une semaine le papier, le plastique la suivante...).

Non, un des travaux d'Hercule à la sauce Sisyphe incombant au père que je suis et qui se répète à l'identique depuis six ans ; nourrir les enfants.

Et pas n'importe quels enfants. Les miens ! Qui sont, par définition, comme tout le monde le sait, capricieux, délicats quant aux choses du palais, inconstants dans leurs goûts et surtout, affamés dès leur retour à la maison. 


Les acteurs : le trio (13, 11 et 8 ans) et le père (44 ans et bientôt trois cheveux blancs).

17h30 (Les pas résonnent dans les escaliers, voix assourdies se chamaillant). 

17h31 (La porte s'ouvre en grand) En choeur : 
 - Qu'est-ce qu'on mange ?

17h32 (le père, soupirant)
- Des betteraves, des côtes de porc et des haricots verts.

17h32 et dix secondes. En choeur : 
- OOOOOOooooooohhhhhhhh.

17h33 (Tous à table). 
- Alors, aujourd'hui, à la cantine, on a eu des vols-au-vent (le nom belge des bouchées à la reine) et des frites. C'était trop bon, fait l'une en effleurant ses betteraves d'une fourchette distraite.
- On peut boire du sirop ? lance l'autre en mettant son assiette de côté.

S'ensuivent dix minutes de discussion où chaque membre du trio enfantin raconte à qui mieux mieux les éléments d'une journée bien remplie. Les voix se chevauchent tandis que les assiettes se vident par à-coups.
Il m'arrive de rêvasser aux courses faites deux heures auparavant, à la poêlée de haricots préparée avec délice pendant une demi-heure.

17h43 (l'un après l'autre)
- On peut quitter la table ?
- Oui, si vous la débarrassez avant.

Envolée de moineaux dans les chambres.

20h15 (Le benjamin, juste avant d'aller se coucher).
- J'ai faiiiiiiimmmmm !!!


1 commentaire:

  1. Oui, y'a vraiment un petit côté mécanique, une bonne becquée, hop trois heures plus tard une becquée, hop trois heures plus tard ça piaille (et là, une autre becquée?).
    Mais un jour, un jour - quand tu auras cinq cheveux blancs - ils cuisineront avec toi, dégusteront un bon vin avec la côte de porc ou discuteront le choix de ce vin (ça piaillera toujours, par contre!)
    J'ai toujours faim ...

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